Peintures et paquebots

Mercredi 23 Mars 2011

Peintures et paquebots
Les premiers chantiers de décor confiés à Hilaire le furent grâce à l’entremise de son voisin de Neuilly, Jules Leleu. Artiste décorateur à la mode, foisonnant d’idées et de ressources, Leleu fit appel à Hilaire pour les décorations de paquebot pour lesquels la Compagnie générale transatlantique lui avait passé une commande d’ensemble : Le Marseillaise en 1950, pour lequel le peintre décore la salle de jeu des enfants, le Tahitien, pour un décor du bar et du salon de lecture, le Liberté enfin, toujours en 1950 : Hilaire y exécute un grand dilophane peint pour le salon-bibliothèque sur le thème : « la littérature sous toute ses formes » auquel il ajoute des allégories des arts : sculpture, peinture, architecture, musique, théâtre et science : « M. Camille Hilaire a été chargé de la décoration murale de l’ensemble qui représente une superficie de 50 m². Elle a été exécutée sur une matière plastique d’un type nouveau appelé fibre Diamond qui est utilisée pour la première fois pour un ensemble décoratif aussi important […] L’ensemble, d’une facture extrêmement moderne, donne à la pièce une harmonie claire et gaie. » Révélatrice de l’impulsion de Leleu toujours en quête de matières neuves, la technique de peinture sur dilophane, matière plastique stratifiée, ne semble pas avoir séduit Hilaire qui ne s’en resservira pas. Toujours est-il qu’il fut l’un des premiers à en tester les possibilités. Les rares photographies en noir et blanc de cet ensemble dont on dispose [ill.] montrent effectivement combien la peinture occupait la totalité des murs disponibles, au moyen d’immenses panneaux composés de neufs « lés » de dilophanes assemblés entre eux, sorte de version moderne du papier peint panoramique. Le long des panneaux séparés chacun par un trumeau à luminaire, se trouvaient placées deux tables de lecture en vis-à-vis, séparées par un écran afin que la concentration du lecteur ne soit pas gênée. Le décor se poursuivait dans l’encadrement des ouvertures par des figures librement inspirées des candélabres antiques ou des décors à la Bérain, sur lesquels venaient se placer des figures vêtues à l’antique ou selon la mode du XVIIe siècle, comme pour le reste du décor d’ailleurs. Reprenant à son compte les figurations traditionnelles de l’allégorie, Hilaire en donnait ainsi une version modernisée comme s’il cherchait à réconcilier les Anciens et les Modernes.
Le décor du Liberté est particulièrement intéressant car, outre qu’il est le premier grand décor, il contient en lui une grande partie des thèmes des futurs décors peints, de certains tableaux et tapisseries.

Extrait du texte "Hilaire, peintre-décorateur, à l'échelle du monument" par Marie Gloc, Conservateur du patrimoine, Chef de service de l'Inventaire du Patrimoine de la Moselle.
In "Hilaire, du trait à la lumière", catalogue de l'exposition "Hilaire du trait à la lumière", Musée Georges de la Tour, Vic-sur-Seille, 22 mai / 26 septembre 2010.

Christophe Berteaux


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Christophe Berteaux






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